Conducting
a situated inquiry through design

  • Workshop – Master Recherche en Design
  • 5 days to conduct a situated inquiry
  • A field of inquiry constructed from
    the demand of a local partner

DATA4 – flux&discours


Workshop intensif Télécom Paris


Hélène Bézin- -Chaingy, Lili Morel-Almonte, Bastien Fromont, Hypolite Martin


DATA4 : l’enclave numérique au cœur
du territoire de Saclay

Introduction
Dans le cadre de l’intensif de recherche mené par l’ENS Paris-Saclay et Télécom Paris, nous étudions le campus de data centers de DATA4, situé à Marcoussis, route de Nozay, en Essonne, à proximité du plateau de Saclay et de sa vallée. Cette infrastructure semble fonctionner comme une enclave technique, délimitée et sécurisée. Pourtant, elle dépend de nombreux réseaux et acteurs qui la relient à son environnement local, national et international.
Le data center présente ainsi une ambivalence : son fonctionnement interne demeure difficile à observer, tandis que ses besoins en énergie, en connectivité, en ressources matérielles, en main-d’œuvre et en investissements l’inscrivent dans un vaste système d’interdépendances.
On peut alors avancer que Data4 est telle une île au milieu d’un océan de connections, cristallisant ainsi de nombreux flux tout en semblant « fortifiée ».

Comment une infrastructure à la fois opaque et hyperconnectée s’inscrit-elle dans le territoire de Saclay, et quelles relations de coopération, d’interdépendance ou de conflit entretient-elle avec les acteurs et les réseaux qui l’entourent ?

L’enquête croise des documents institutionnels, la communication de DATA4, un avis de l’autorité environnementale et des entretiens menés à Marcoussis le 31 octobre 2026. Elle cherche à confronter les promesses de performance et d’intégration territoriale aux flux matériels et aux expériences locales.

  1. Un nœud numérique au milieu des réseaux

DATA4 se présente comme un opérateur et investisseur européen qui finance, conçoit, construit et exploite des centres de données. Le campus de Marcoussis héberge les systèmes informatiques de clients variés, parmi lesquels des entreprises, des opérateurs télécoms et des acteurs du cloud. L’entreprise annonce pour son campus une puissance de plus de 500 MW en 2026 ; cette donnée doit être distinguée de la consommation électrique effectivement observée du site.[1]

Les flux numériques constituent l’une des principales connexions du campus au monde extérieur. DATA4 annonce des connexions directes à plus de 70 opérateurs télécoms et 150 plateformes de cloud public, ainsi que plusieurs centaines de fibres noires.[2] Le data center n’est donc pas seulement un bâtiment s’étalant sur 133 hectares et accueillant des serveurs : il constitue un nœud d’interconnexion au sein de réseaux numériques plus vastes.

Cette fonction est perceptible dans les entretiens. Un Directeur d’entreprise numérique en visite sur le site de Data4 décrit le data center comme une « sortie d’autoroute numérique ».[3] Un technicien de maintenance, qui a vu le site grandir, résume cette ambivalence : « Quand on est à l’intérieur, on a l’impression que c’est une île, mais quand on sort, on voit tous les réseaux, tout ce à quoi c’est connecté. »[4] L’infrastructure apparaît ainsi isolée dans son organisation physique et son accessibilité, mais profondément intégrée dans les réseaux dont dépendent les activités numériques contemporaines.

  1. Des flux invisibles, des ressources bien réelles

La connectivité repose sur des flux matériels et énergétiques. Le campus est alimenté par le réseau électrique, avec une alimentation annoncée à 90 000 volts par deux liaisons souterraines. Dans son avis du 9 août 2023 sur le projet d’extension, aujourd’hui acté et débuté, la Mission Régionale d’Autorité environnementale (MRAe) relève que « la consommation d’énergie n’est pas caractérisée dans l’analyse de l’état initial ».[5] Elle estime que le dossier ne permet pas d’appréhender suffisamment la consommation du site dans son ensemble, sa montée en charge ni son inscription dans le système énergétique local. En d’autres termes : il y a un manque de transparence dans la consommation d’énergie du site selon les autorités.

DATA4 met en avant un PUE (Power Usage Effectiveness) inférieur à 1,3 pour ses centres les plus récents.[6] Cet indicateur mesure l’efficacité énergétique du data center en comparant l’énergie totale consommée à celle utilisée par les équipements informatiques (plus il se rapproche 1, plus il est neutre). Il ne renseigne toutefois pas, à lui seul, sur la consommation totale du site : une infrastructure peut être relativement efficace tout en mobilisant une quantité importante d’électricité.

Les flux thermiques et hydriques soulèvent une autre question. DATA4 indique que moins de 10 % de la chaleur produite par ses serveurs est valorisée.[7] En mai 2025, l’entreprise et la Fondation de l’Université Paris-Saclay ont inauguré à Marcoussis un démonstrateur visant à utiliser cette chaleur pour cultiver des microalgues et contribuer à la capture du CO₂. Le projet associe notamment l’Université Paris-Saclay, CentraleSupélec, AgroParisTech, Blue Planet Ecosystems et le Département de l’Essonne.[8] Il illustre une tentative de transformer un flux généralement considéré comme une perte en ressource pour une autre activité.

Selon son rapport RSE 2023, le campus de Marcoussis consommait 40 m³ d’eau par jour. DATA4 précise que l’eau est principalement utilisée pour maintenir l’hygrométrie des salles informatiques et que le site n’utilise pas de refroidissement adiabatique.[9] Cette donnée, déclarée par l’entreprise, ne doit pas être confondue avec une mesure indépendante ni avec l’ensemble de l’empreinte hydrique indirecte liée à l’électricité et aux équipements.

  1. Investissements, partenariats et intégration territoriale

Les flux économiques relient également le campus à des réseaux d’investisseurs, de clients, de fournisseurs et de prestataires. DATA4 SAS a déclaré un chiffre d’affaires de 76,5 millions d’euros en 2024, tandis que l’entreprise a annoncé un plan d’investissement européen de 21 milliards d’euros.[10] Ces chiffres donnent une idée de l’échelle économique dans laquelle s’inscrit le site, sans permettre à eux seuls de mesurer les retombées locales. Les acteurs locaux estiment d’ailleurs que ces chiffres sont en deçà de la réalité, selon Axelle Champagne et Sandrine Dupuy.

DATA4 présente ses relations avec les collectivités comme un moyen d’intégrer ses infrastructures à leur environnement. Son programme Data4Good affirme vouloir « faire en sorte que nos data centers soient bien intégrés dans leurs territoires ».[11] L’entreprise met également en avant des actions de soutien à des associations, des équipements sportifs et la rénovation d’un édifice religieux en l’église de Marcoussis en 2025, affirme Hébé Pouchou, 3e adjointe au maire de Marcoussisx . Elle développe des liens avec le monde de la formation, notamment par la Data4 Academy, présentée comme un dispositif de formation d’étudiants en collaboration avec des universités et des grandes écoles.[12] Mais n’ayant aucun moyen de vérifier cette information, nous ne pouvons pas l’affirmer, aucune donnée ni communication n’est disponible pour cette académie.

Ces relations ne se limitent pas à la communication institutionnelle. Hébé Pouchou, élue de Marcoussis en charge de la jeunesse et des sports, évoque des échanges avec DATA4 autour d’une éventuelle récupération de chaleur pour le projet de centre aquatique communal, financé en grande partie par Data4. Elle décrit l’entreprise comme « hyper dans la discussion », tout en ajoutant : « à la fin ils font bien ce qu’ils veulent ».[13] Cette remarque souligne une tension entre dialogue territorial et capacité de décision : la présence de discussions ne garantit pas que les collectivités ou les habitants disposent d’un pouvoir équivalent sur les choix de l’entreprise, surtout si cette dernière aide la collectivité à coups de grands moyens financiers.

  1. Une ouverture sous contrôle

L’intégration territoriale se heurte à la réalité de l’accès physique au campus. Les entretiens font apparaître une infrastructure dont les procédures de sécurité se renforcent avec l’augmentation du nombre de clients hébergés et de leur nature (notamment des banques). Un technicien évoque des difficultés administratives et d’accès croissantes : « une fois garée c’est 1000 mètres de marche ».[14] Un autre salarié explique que l’emplacement de l’entreprise n’est pas communiqué avant le recrutement, pour des raisons de sécurité.[15]

Le site semble également difficilement accessible autrement qu’en voiture. Les observations et témoignages recueillis font état d’une desserte en bus limitée et de distances importantes, voire irréalisables pour les déplacements à pied ou à vélo. Ces éléments restent des observations de terrain, et non une étude exhaustive des horaires ou des conditions de mobilité, notre équipe ne s’étant rendu qu’un seul jour sur site. Des témoignages d’habitants de Marcoussis viennent confirmer cette observation ainsi qu’une étude d’observation de 30mn réalisée le samedi 31 octobre 2026 de 14h à 14h30 qui a comptabilisé 15 sorties de voitures pour 2 entrées, 2 motos sorties, 1 trotinette et 1 piéton pour prendre un « uber ».

Cette accessibilité conditionne les relations humaines avec le campus. Certains salariés habitent à proximité et se rendent sur place quotidiennement ; d’autres viennent de plus loin. Un employé de maintenance recruté par une agence d’intérim explique qu’il connaît peu le fonctionnement du data center : « Je ne sais pas trop, c’est mon travail. »[16] Le campus peut donc être un lieu d’emploi local sans être nécessairement un objet de connaissance ou d’appropriation pour ceux qui y travaillent.

  1. Des perceptions locales contrastées

Les entretiens auprès de salariés ou d’habitants de Marcoussis font apparaître des perceptions diverses. Certains voient le data center comme une infrastructure nécessaire au fonctionnement du numérique et comme une source d’emplois. D’autres le perçoivent comme une présence isolée, dont les effets restent difficiles à identifier.

Des habitants évoquent un bruit de fond, parfois décrit comme un bourdonnement, principalement en été, ou bien une pollution lumineuse constante la nuit. Hébé Pouchou rapporte des plaintes estivales de riverains, notamment rue Jacques Meurderie et dans le quartier du Gré, dont la perception varierait selon le vent, la météo et la topographie. Des mesures pour atténuer le bruit étaient évoquées au moment de l’entretien, notamment des murs antibruit.[13] Ces témoignages signalent une question à documenter ; ils ne suffisent pas à établir une nuisance mesurée ni un effet sanitaire, même si des prises de données (phoniques notamment) sont effectuées chaque année par la mairie dans ces zones.

L’avis de la MRAe de 2023 met également en cause la qualité de l’évaluation paysagère du projet d’extension. L’autorité estime ne pas pouvoir valider les conclusions de l’étude d’impact sur l’impact visuel et demande une analyse plus étayée, notamment depuis les habitations, les routes et les sites environnants.[5] Le contraste est important : tandis que DATA4 communique sur son intégration territoriale, l’autorité environnementale souligne les limites des informations disponibles pour apprécier certains effets du projet.

  1. Ce que révèle la communication de DATA4

Une analyse quantitative exploratoire de 4 916 mots issus des principales pages publiques du site DATA4 permet de préciser le discours que l’entreprise adresse à ses publics.[17] Le corpus comprend notamment la page d’accueil, la page « Paris » consacrée aux data centers, les pages de services, les rubriques RSE ainsi que les pages « Qui sommes-nous ? » et « Management ». Les rubriques « Ressources », « Presse » et « Carrières » ont été exclues.

Dans ce corpus, le nom « Data4 » apparaît 64 fois, « data » 40 fois, « campus » 34 fois et « centers » 32 fois. Les termes « gestion », « infrastructures », « clients », « services », « sécurité » et « opérateurs » complètent les mots les plus fréquents. Ce vocabulaire dessine une communication centrée sur l’offre de services, la maîtrise technique et la sécurité.

L’adverbe « plus » est le plus utilisé, ce qui renvoie à un discours de compétitivité et d’amélioration. L’adjectif « dédié » est le plus fréquent, tandis que le terme « environnemental » apparaît 19 fois. Cette présence signale l’importance accordée aux enjeux environnementaux dans la communication publique de l’entreprise, sans permettre de conclure à elle seule sur les effets réels de ses pratiques. [17] Le discours associe ainsi la promesse de performance à celle d’une prise en compte des enjeux environnementaux et territoriaux, sujet fortement évoqué par les habitants qui se montrent moins conciliant : « Vous savez, les effets écologiques sont là. Tout n’est pas rose, il faut être pragmatique ».

Conclusion

Le campus DATA4 de Marcoussis ne peut être compris comme une enclave autonome. Il dépend de réseaux numériques, énergétiques, économiques, institutionnels et humains qui dépassent largement ses limites physiques. Les partenariats scientifiques, les actions locales et les échanges avec les collectivités témoignent de formes réelles de coopération. Mais les besoins en ressources, les difficultés d’accès, les perceptions de nuisances et les critiques de l’autorité environnementale montrent que cette intégration demeure incomplète et discutée.

L’enjeu n’est donc pas seulement de savoir si DATA4 est « ouvert » ou « fermé » au territoire. Il est de comprendre qui peut accéder à l’infrastructure, connaître ses effets, participer aux décisions et bénéficier de ses retombées. Le campus apparaît à la fois comme un nœud essentiel des réseaux numériques et comme un objet local dont les conséquences restent partiellement opaques.

Notes et références bibliographiques

[1] DATA4. Rapport annuel 2024 [en ligne]. 2024. Donnée relative à la puissance annoncée du campus de Marcoussis en 2026. https://www.data4group.com/wp-content/uploads/2025/05/Data4-Rapport-RSE-2024-Fr.pdf

[2] DATA4. Services de connectivité [en ligne]. Site officiel de DATA4. Consulté le 15 octobre 2026. Disponible sur : https://www.data4group.com/

[3] Entretien avec un directeur d’entreprise informatique, réalisé à la sortie du campus DATA4, Marcoussis, le 31 octobre 2026. Entretien anonymisé, transcription de terrain.

[4] Entretien avec un technicien de maintenance informatique travaillant sur le campus DATA4, réalisé à Marcoussis le 31 octobre 2026. Entretien anonymisé, transcription de terrain.

[5] MISSION RÉGIONALE D’AUTORITÉ ENVIRONNEMENTALE D’ÎLE-DE-FRANCE. Avis délibéré du 9 août 2023 sur le projet d’extension du data center de Marcoussis (Essonne) [en ligne]. 9 août 2023. Sections relatives à l’énergie et aux effets paysagers.
https://www.mrae.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2023-08-09_marcoussis_91__projet_extension_data_center4_avis_delibere_.pdf

[6] DATA4. Rapport RSE 2023 [en ligne]. 2023, p. 8. Indicateur PUE des centres de données les plus récents. https://www.data4group.com/wp-content/uploads/2024/06/fr_data4_rapport-rse23.pdf

[7] DATA4. « Et si les data centers produisaient une nouvelle énergie verte ? » [en ligne]. 3 juin 2025. Site officiel de DATA4. https://www.data4group.com/actualites-data4/et-si-les-data-centers-produisaient-une-nouvelle-energie-verte/

[8] UNIVERSITÉ PARIS-SACLAY et DATA4. Communiqué conjoint sur le démonstrateur de valorisation de la chaleur des serveurs à Marcoussis [en ligne]. 21 mai 2025. https://www.essonne.fr/actualites/la-chaleur-dun-data-center-fait-pousser-des-algues

[9] DATA4. Rapport RSE 2023 [en ligne]. 2023, p. 10. Indicateurs du campus français de Marcoussis et usages de l’eau. https://www.data4group.com/wp-content/uploads/2024/06/fr_data4_rapport-rse23.pdf

[10] DATA4 SAS. Données financières 2024 [en ligne]. Chiffre d’affaires 2024 : 76,5 millions d’euros. DATA4. Plan d’investissement européen [en ligne]. Montant annoncé : 21 milliards d’euros. https://annuaire-entreprises.data.gouv.fr/entreprise/data-4-data-iv-487631210

[11] DATA4. Territoires — Programme Data4Good [en ligne]. Site officiel de DATA4. Consulté le 15 octobre 2026. Disponible sur : https://www.data4group.com/

[12] DATA4. Rapport RSE 2024, chapitre « Territoires » ; DATA4. Data4 Academy [en ligne]. Site officiel de DATA4. https://www.data4group.com/data4-community/

[13] Entretien avec Hébé Pouchou, élue de Marcoussis, réalisé le 31 octobre 2026. Entretien de terrain, transcription.

[14] Entretien avec un technicien de maintenance informatique travaillant sur le campus DATA4, réalisé à Marcoussis le 31 octobre 2026. Entretien anonymisé, transcription de terrain.

[15] Entretien avec un salarié du campus DATA4, ancien enseignant et occupant un poste de DCO, réalisé le 31 octobre 2026. Entretien anonymisé, transcription de terrain.

[16] Entretien avec un salarié de maintenance recruté par une agence d’intérim, réalisé à la sortie du campus DATA4, Marcoussis, le 31 octobre 2026. Entretien anonymisé, transcription de terrain.

[17] Auteurs de l’enquête. Ébauche d’analyse quantitative de la communication de DATA4;[document de travail inédit]. Corpus de 4 916 mots collecté sur le site officiel de DATA4 ; analyse quantitative réalisée avec l’aide de Claude, grille d’analyse et interprétation élaborées par les auteurs. Document transmis dans le cadre de l’enquête, 2026.

DATA4. Rapport RSE 2023 [en ligne]. 2023. Sections « Environnement » et « Data4Good ». https://www.data4group.com/wp-content/uploads/2024/06/fr_data4_rapport-rse23.pdf

DATA4. Rapport RSE 2024 [en ligne]. 2024. Chapitre « Territoires ». https://www.data4group.com/wp-content/uploads/2025/05/Data4-Rapport-RSE-2024-Fr.pdf

DATA4. Présentation du projet de data center bio-circulaire [en ligne]. Site officiel de DATA4. https://www.data4group.com/ressources/projet-de-data-center-bio-circulaire/